Le Premier ministre du Québec, François Legault, achève une mission économique de quatre jours à Paris, du 13 au 16 juin, marquée par une volonté affirmée de renforcer les liens politiques et commerciaux entre le Québec et la France. Ce déplacement s’inscrit dans un contexte de réorganisation des échanges internationaux, notamment sous l’effet des politiques protectionnistes des États-Unis.
Lors de sa rencontre avec le Premier ministre français, François Bayrou, à l’Hôtel de Matignon, François Legault a insisté sur la nécessité d’intensifier la coopération économique bilatérale. Les deux chefs de Gouvernement ont évoqué les récents tarifs douaniers imposés par l’administration Trump, en particulier sur l’aluminium, qui affectent directement des secteurs clés de l’économie québécoise.
Selon M. Legault, ces mesures constituent une incitation pour les entreprises québécoises à diversifier leurs marchés et à se tourner vers l’Europe. « Il est devenu obligatoire de développer davantage nos échanges avec la France », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il souhaitait doubler, voire tripler les flux économiques bilatéraux.
La rencontre s’est conclue par la signature d’une déclaration commune en vue de la création d’un forum d’affaires France–Québec, destiné à favoriser les collaborations entre les entreprises des deux territoires. Ce forum visera notamment à encourager des investissements conjoints dans des secteurs stratégiques comme l’aéronautique, les minéraux critiques, la transition énergétique ou l’intelligence artificielle, priorités déjà affirmées lors de la Rencontre Alternée des Premiers Ministres (RAPM) de 2024.
Technologie, défense et innovation au cœur des discussions
La mission a également été marquée par la participation du Premier ministre québécois au salon VivaTech, considéré comme le plus important rendez-vous technologique d’Europe. Le Canada, pays invité d’honneur cette année, y disposait d’un pavillon dédié, au sein duquel le Québec était particulièrement visible.
François Legault y a rappelé que le Québec ambitionne de devenir un acteur majeur de l’innovation technologique en Amérique du Nord. Plusieurs partenariats ont été annoncés en marge du salon, notamment dans les secteurs des industries culturelles et créatives et de la transition énergétique.
Dans le domaine de la défense, un accord a été dévoilé entre le Groupe Cambli, fabricant québécois de véhicules blindés, et Soframe, entreprise française spécialisée dans les véhicules militaires. L’entente, d’une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars, prévoit la transformation de 1 000 véhicules sur trois ans et devrait entraîner la création d’une trentaine d’emplois au Québec.
Le groupe français Safran et le québécois Bombardier ont également signé une lettre d’intention pour explorer de nouvelles pistes de collaboration technologique dans les secteurs de l’aéronautique et de la défense.
Présence stratégique au Salon du Bourget
Le premier ministre québécois a poursuivi sa mission au Salon international de l’aéronautique du Bourget, événement de référence pour l’industrie aérienne mondiale. Le Québec, troisième pôle mondial de l’aéronautique après Seattle et Toulouse, y était représenté par une délégation de plus de 175 personnes, issues de 49 entreprises et 19 organisations.
Le Salon a été présenté comme une vitrine pour l’expertise québécoise, notamment dans le cadre de l’assemblage de l’Airbus A220 à Mirabel. Des rumeurs d’importantes commandes ont circulé, notamment de la part d’Air Asia, qui envisagerait l’acquisition d’une centaine d’appareils, ainsi que de Royal Air Maroc, qui pourrait en commander une vingtaine.
Ces annonces seraient significatives pour le programme A220, dans lequel le gouvernement québécois a investi deux milliards de dollars. Québec détient actuellement 25 % de la coentreprise Airbus Canada, et pourrait envisager une revente de ses parts d’ici 2030, en fonction de l’évolution de la valeur du programme.
Une dimension politique et mémorielle
Au-delà des volets économiques, la mission a également comporté un aspect politique et symbolique. François Legault a visité la Fondation Charles de Gaulle, où il a rendu hommage à la célèbre déclaration de 1967 – « Vive le Québec libre » – prononcée à Montréal par le Général de Gaulle. Selon lui, cette phrase continue de symboliser le droit à l’affirmation du peuple québécois dans le cadre canadien.
La rencontre avec Hervé Gaymard, président de la fondation, a donné lieu à un échange sur les trajectoires politiques respectives. Ce dernier a rappelé que de Gaulle, en 1958, ne bénéficiait que d’un faible soutien dans les sondages. « Il ne faut jamais croire les sondages », a répliqué M. Legault avec humour, faisant allusion à ses propres difficultés dans l’opinion publique québécoise.
Cette mission à Paris visait ainsi à réaffirmer une relation politique et économique de longue date, tout en l’adaptant aux réalités du moment. Dans un contexte où les marchés nord-américains se ferment partiellement, le Québec entend renforcer ses liens avec la France et l’Union européenne pour garantir sa résilience économique.

En savoir plus: l’entrevue de François Legault avec Patrick Simonin (TV5)
(Crédit photo de Une: Emilie Nadeau – pour le Gouvernement du Québec – Twitter)




























